Détails de l’article

Dans son Brief sur la pauvreté et l’équité au Nigeria, publié le 8 octobre 2026, la Banque mondiale indique que la part de la population sous le seuil national de pauvreté est passée de 40,1 % en 2019 à 56,2 % en 2023 et qu’elle est estimée à 63 % en 2026. Les deux premiers chiffres s’appuient sur les enquêtes nigérianes sur le niveau de vie de 2019 et 2023. Le chiffre de 2026 ne provient pas d’une nouvelle enquête auprès des ménages : il s’agit d’une estimation présentée avec les perspectives économiques de la Banque. La distinction sépare la tendance mesurée jusqu’en 2023 de l’estimation pour une période future.

Le Brief indique également une hausse de la pauvreté multidimensionnelle. La mesure de la Banque mondiale combine pauvreté monétaire et privations dans l’éducation et les infrastructures de base, notamment l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’électricité. Le taux déclaré est de 43,5 % en 2019 et de 47,4 % en 2023. Cette hausse indique que la croissance globale ne se traduit pas automatiquement par des gains égaux de niveau de vie pour chaque ménage. Les deux notions de pauvreté ne doivent ni être additionnées ni être confondues.

L’analyse de la Banque montre que les inégalités peuvent diminuer alors que la pauvreté augmente. L’indice de Gini est passé de 35,1 en 2019 à 33,9 en 2023, mais le Brief précise que cela ne signifie pas que les ménages pauvres ont rattrapé les plus aisés. Selon l’explication de la Banque, les ménages se sont appauvris dans l’ensemble, avec des pertes proportionnellement plus fortes au sommet de la distribution. Les inégalités mesurées peuvent ainsi baisser alors que davantage de personnes passent sous le seuil de pauvreté. L’indice de Gini ne suffit donc pas à décrire l’évolution générale du bien-être ; il faut le lire avec les données de pauvreté et d’accès aux services.

Pour 2026, la Banque fait état d’un renforcement de l’activité dans les services, l’industrie et l’agriculture, tandis que l’inflation ralentit. Le Brief prévoit un recul de l’inflation globale, de 23,0 % en 2025 à 15,7 % en 2026, et de l’inflation alimentaire, de 22,0 % à 14,7 %. Pourtant, le taux de pauvreté national reste estimé à 63 % en 2026, ce qui suggère que l’amélioration économique attendue ne se traduit pas suffisamment en gains pour les ménages pauvres. La Banque indique que plus de 90 % des travailleurs exercent dans l’informel et que la qualité des emplois limite la productivité et la progression des revenus. Les projections ne sont pas des résultats annuels déjà constatés.

La comparaison des enquêtes comporte une limite importante. L’enquête nigériane de 2023 a repris le même échantillonnage et le même protocole que celle de 2019, ce qui permet à la Banque d’estimer les tendances. Toutefois, certaines zones des États de Taraba et de Zamfara étaient inaccessibles en raison de l’insécurité et des inondations. Ces deux États représentent environ 4,4 % de la population. L’estimation de 2023 n’observe donc pas directement toutes les parties du pays. Les résultats nationaux doivent être lus à la lumière de cette couverture, et le Brief ne peut établir avec certitude la situation des ménages dans les zones inaccessibles.

Pour accélérer la réduction de la pauvreté, la Banque préconise d’accroître la productivité et les revenus dans l’agriculture et les entreprises familiales informelles, d’améliorer la qualité de l’emploi et de renforcer l’accès à l’électricité, à la cuisson propre, aux soins, à l’éducation et à la sécurité alimentaire. Il s’agit d’orientations de politique publique, et non de résultats de nouveaux programmes achevés. Le Brief cite aussi l’estimation du PAM selon laquelle environ 35 millions de personnes pourraient connaître une insécurité alimentaire aiguë en 2026 ; c’est une estimation prospective des besoins. Tant que de nouveaux résultats officiels ne sont pas publiés, 2023 demeure la dernière année d’enquête comparable et 2026 doit rester présenté comme une estimation de la Banque mondiale.